Ecole en grève ? Oui, mais surtout en danger

L’Éducation Nationale a décidé de veiller sur l’opinion des enseignants. Qu’elle se rassure, de notre côté aussi on veille sur elle. Pour constater que la colère et l’inquiétude sont partout.

Il y a comme du mépris dans le discours du ministre de l’Éducation Nationale. Au petit matin d’un grève des enseignants (et des chercheurs) qui s’annonce massive, Darcos monte au front en dénonçant une « culture de la grève » à l’école et en annonçant que « les suppressions de poste se poursuivront » dans l’Éducation. Droit dans ses bottes. Alors, pour tous ceux qui seraient tentés d’être un p’tit peu d’accord avec lui – et notamment pour les parents d’élèves -, je profite de ma matinée gréviste (en attendant la manif’ de cet après-midi) pour revenir sur les raisons de la colère.

La grève vue par Martin Vidberg

La grève vue par Martin Vidberg

Je n’ai eu qu’à ouvrir ma boîte mail pour lister tous les coups de couteau placés minutieusement les uns après les autres dans le dos de l’école depuis la rentrée, et toutes les colères et les crispations que ces annonces déclenchent dans le milieu éducatif…

16 octobre 2008 : Un directeur d’école entre en résistance

Le directeur de l’école Saint-Exupéry à Colmar entre publiquement en résistance pour la défense de l’Education Nationale.

C’est décidé, j’entre en résistance !!
Je ne supporte plus l’hypocrisie des discours officiels qui se gargarisent de grandes phrases sur l’intérêt des élèves, sur l’égalité des chances, …, alors que les seuls critères sont comptables avec un arrière fond idéologique pour le moins inquiétant.
– Qui peut croire que l’intérêt des enfants a compté dans la suppression du samedi matin ?
– Qui peut croire que les deux heures de travail personnalisé pourront compenser le travail des maîtres spécialisés des RASED qu’on est en train de supprimer ?

Je ne supporte plus la malhonnêteté des effets d’annonce alors que j’assiste, chaque jour un peu plus, à une entreprise systématique et planifiée de démantèlement de l’école publique. [Lire la suite… ]

martine-rased19 octobre 2008 : suppression annoncée des RASED en 3 ans

Explication : le RASED, c’est le Réseau d’Aide Spécialisé pour les Elèves en Difficulté. Ce sont des enseignants spécialisés (adaptation, rééducation scolaire, psychologues) ayant bénéficié d’une formation pour venir en aide aux élèves présentant des troubles du comportement ou en rupture d’apprentissage. Des élèves qui ont besoin d’une attention toute particulière, d’une compétence spécifique.

Justification du ministre : Darcos justifie cette suppression par la mise en place de l’aide personnalisée à la rentrée 2007 (petits groupes de soutien). La seule énorme différence : on ne confie plus la résolution de la difficulté scolaire aux enseignants spécialisés…

Motivation profonde : supprimer progressivement les départs en stage de formation, sédentariser les enseignants spécialisés sur des postes classiques… pour récupérer des postes.

France Inter consacre son émission du 27 octobre à la suppression de ces réseaux et une pétition se met en place : Sauvons les RASED.

6 novembre 2008 : « En conscience, je refuse d’obéir »

Le ras-le-bol enseignant enfle. Cette fois, au retour des vacances, c’est un instituteur qui informe par lettre son inspecteur qu’il entre en « désobéissance civile ». Un acte fort, un vrai boulet de canon…

Je vous écris cette lettre car aujourd’hui, en conscience, je ne puis plus me taire ! En conscience, je refuse d’obéir.
Depuis un an, au nom des indispensables réformes, un processus négatif de déconstruction de l’Education Nationale s’est engagé qui désespère de plus en plus d’enseignants. Dans la plus grande précipitation, sans aucune concertation digne de ce nom, au mépris de l’opinion des enseignants qui sont pourtant les « experts » du quotidien sur le terrain, les annonces médiatiques de « réformes » de l’école se succèdent, suscitant tantôt de l’inquiétude, tantôt de la colère, et surtout beaucoup de désenchantement et de découragement. La méthode est détestable. Elle témoigne de beaucoup de mépris et d’arrogance vis-à-vis de ceux qui sont les premiers concernés. La qualité d’une réforme se juge autant par son contenu que par la façon dont est elle est préparée, expliquée et mise en oeuvre. L’Education Nationale n’est pas l’armée ! Il n’y a pas d’un côté ceux qui décident et d’un autre côté ceux qui exécutent ! L’honneur de notre métier est aussi de faire œuvre de raison, de critique et de jugement. [Lire la suite…]

Publiée sur le blog Résistance Pédagogique, cette lettre a inspiré d’autres collègues qui sont entrés à leur tour en « désobéissance enseignante civile »…

8 novembre 2008 : « Éducation Nationale en danger ! » pour une vraie formation des enseignants

Le collectif SLU – Sauvons l’Université lance une pétition intitulé Appel du 8 Novembre.

ecole-en-danger-logoLes enseignants-chercheurs, les enseignants, les chercheurs, les parents d’élèves, les membres du personnel de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur ou de la recherche et les étudiants, réunis ce samedi 8 novembre 2008 à l’Université Diderot-Paris 7, protestent contre la mise en œuvre précipitée d’une réforme radicale de la formation des enseignants. Cette réforme est porteuse à terme d’un véritable bouleversement dans la nature des formations et dans le statut des savoirs au sein de l’enseignement primaire, secondaire et universitaire. Elle met gravement en danger la qualité de la formation des élèves à tous les niveaux de l’Éducation nationale. Elle complète et renforce la destruction du système national d’éducation et de recherche et contribue à mettre en position de concurrence établissements, formations et acteurs de l’enseignement (…).

10 novembre 2008 : Lancement de l’opération « veille de l’opinion dans l’éducation »

Explication : Le ministère de l’Education nationale va débourser 100 000 euros par an pour organiser une « veille de l’opinion » sur la Toile.

Le dispositif de veille vise, en particulier sur Internet, à :
– identifier les thèmes stratégiques (pérennes, prévisibles, émergents)
– identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l’opinion
– repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte, et analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau
– décrypter les sources des débats et leur mode de propagation
– anticiper les risques de contagion et de crise.

Justification du ministre : «Je veux savoir ce qui ce dit dans les journaux, je veux savoir ce qui se dit à la télévision, je veux savoir comment s’expriment sur internet des esprits libres et qui souhaitent d’ailleurs être lus, puisque c’est précisément pour cela qu’ils s’expriment sur internet.»

Motivation profonde : Ce ne sont que de “petites encoches, en apparence bénignes, à leur liberté d’opinion et d ‘expression”. Pourtant, il s’agit bien de renforcer la surveillance de ses fonctionnaires trop critiques, et remplacer la concertation et le dialogue par l’espionnage de l’opinion…

11 novembre 2008 : diffusion d’un courrier interne de l’UMP

Fuite à l’UMP. Un courrier intitulé « Et si la bataille de l’école était sur le point d’être gagnée ? », signé Devedjian, s’échappe.

Vous avez pu le constater, la rentrée scolaire s’est déroulée sans incident majeur. Mais en sera t-il de même dans les prochaines semaines ? Sur ce sujet plus encore que sur d’autres, nous devons, vous devez faire entendre votre voix !
En effet, des forces rétrogrades soutenues par les plus virulents des syndicats d’enseignants et d’étudiants veulent marquer, dans la rue, leur opposition aux réformes (…) Aujourd’hui, tout est réuni pour la réussite de cette école « d’excellence » (sic !), capable de se défaire des poids du passé…

Pathétique.

16 novembre 2008 « Le démantèlement de l’école primaire continue ! »

Chantier en cours

Chantier en cours…

Une collègue a pris le temps de lister les dernières annonces moins relayées dans les médias, mais toutes aussi décisives pour le monde de l’éducation :

  • la possibilité de recourir à des vacataires pour assurer les remplacements d’enseignants
  • la mise en place des EPEP (établissements publics d’enseignement primaire, ou regroupement d’écoles pour gratter encore des postes dans de grosses structures administratives, avec des enseignants en minorité au sein du conseil d’administration…)
  • la suppression programmée des IUFM (autant dire la suppression de la formation d’enseignant : il suffira désormais de réussir un concours pour être déclaré apte !)
  • la remise en cause de l’école maternelle…

Assez de mépris, n’en jetez plus, la coupe est pleine.

Alors, monsieur Darcos, puisque vous cherchez à repérer les « lanceurs d’alerte », ceci en est une. Non, ce n’est pas par simple « culture enseignante de la grève » que nous avons fermé les écoles aujourd’hui. D’ailleurs, le premier intérêt d’une grève, ce n’est d’obtenir satisfaction : c’est de porter une revendication, un message auprès du plus grand nombre. Celui-là : oui l’école est malade, mais avec la politique actuelle, c’est toute l’éducation qui est en danger.

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