Obama, baume au coeur

Vue la hauteur des attentes placées en lui, le nouveau héros de l’Amérique décevra forcément. Il n’en reste pas moins que l’élection de Barack Obama est un instant historique, suscitant une formidable émotion – et un immense espoir.

Obama président

Obama président

Vous en avez peut-être déjà Obamarre qu’on vous bassine la tête avec le-nouveau-president-americain-qui-va-sauver-le-monde… Désolé, je viens en remettre une couche. Parce que cette élection américaine de novembre 2008 m’a passionné. Je l’ai suivie de près, en veillant toute la nuit en direct devant ma télé à l’écoute des résultats et des analyses. Je ne voulais pas revivre le spectre de 2004, quand je m’étais couché avec John Kerry président… pour me réveiller avec Bush largement réélu.

Ce 4 novembre vers minuit, je m’installe donc bien décidé à veiller devant mon petit écran pour ne rien rater. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que je me retrouve ainsi devant ma télé en pleine nuit pour espérer voir triompher un noir de Chicago ! Bon, c’est sans doute plus important et plus décisif qu’un match de Michael Jordan avec les Bulls, mais une soirée électorale US c’est nettement moins excitant et spectaculaire… je finis par m’endormir.

obama-elu-i-teleA cinq heures et quart du matin, j’entrouvre un œil pour découvrir en bandeau « OBAMA ELU 44EME PRESIDENT DES ETATS-UNIS ». Tant pis, j’aurais raté l’annonce en direct… Je me réjouis intérieurement mais je suis dans un état trop semi-comateux pour sauter de joie. Je balance à la va-vite un message avec une photo gag sur le forum pour fêter ça… et je vais me coucher.

An the winner is...

And the winner is………

Le lendemain, de revue de presse en revue de web, le monde accueille avec enthousiasme cet évènement.

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Je m’apprête d’ailleurs à faire de même dans le sillage de Fred, de Kris, de Martin, de Didier, et de tant d’autres…

Mais je tombe sur deux articles qui douchent mon enthousiasme spontané du jour J. Deux articles avec un discours fort et engagé à contre-courant de l’Obamania, qui fustigent le mode de vie américain et à travers lui, tout un système à bout de souffle, aux conséquences sociales et environnementales dramatiques…

Sur le Monolecte, l’élection d’Obama est présentée comme le jour où rien ne changea.

Selon toute vraisemblance, la déception sera à la hauteur de l’espoir insensé qui va probablement donner à Obama le job le plus pourri de la planète : celui de président d’un pays totalement ruiné, lessivé, avec une population qui s’enfonce dans la misère, des retours de manivelle annoncés en cascade, que ce soit du point de vue social, politique, géostratégique, diplomatique, environnemental et bien sûr économique (…). Pour sortir élégamment de ce piège à con, il faudrait quelque chose de totalement inédit, nouveau, imprévisible. Pas juste une rupture de casting, mais un véritable changement de société, le renoncement immédiat et définitif à un système mortifère, injuste, vorace et malsain, mais qui se trouve être le pilier de l’imaginaire de ce pays : le rêve américain, l’aspiration matérialiste à l’accumulation du superflu et au confort bourgeois.

Sur Effets de Terre, un conseil : Aide toi, ce n’est pas Obama qui t’aidera.

(…) il y a fort à parier que, Obama ou pas, l’Amérique n’est pas prête de changer. Le futur président américain devra composer avec ceux qui l’ont financé. Il devra composer avec la nécessité vitale pour le pays de poursuivre sa domination du monde. Une domination qui ne souffre pas le moindre obstacle.(…) Au risque de passer pour un idéaliste, ce ne sont ni Obama, ni le pantin de l’Elysée —le lider maximo verde— ni les écologistes en mal de pub, qui pourront faire quoi que ce soit pour éviter le mur vers lequel nous avançons à la vitesse d’un TGV. Soif de métaux, soif de pétrole, soif de tout, chaque pauvre du Sud qui gagne enfin sa vie —en fabriquant bien souvent des objets de désir pour le Nord— cherche à copier le modèle de société jetable qu’on lui montre en exemple depuis des décennies. Bien sûr qu’une victoire d’Obama aurait du sens, d’abord pour les millions d’américains laissés pour compte de l’ère Bush. Mais elle ne changera ni le quotidien des millions d’affamés du Sud, ni celui des pauvres-de-pays-riches qui souffrent dans nos contrées.

Ces deux articles font mouche. Pour avoir visité quelques états des États-Unis, je connais un peu mieux la démesure et les excès dont ce pays est capable. J’ai en horreur l’arrogance de la diplomatie américaine, le cynisme de son système économique qui génère bien plus de pauvreté que de richesse, le mode de vie ultra-consumériste et replié sur soi, caractérisé par un manque d’intérêt général pour tout ce qui est « autre », surtout quand cela ne se compte pas en dollars.
Cette Amérique-là a si souvent été une caricature d’elle-même toutes ces dernières années, elle s’est tellement discréditée aux yeux du monde et nous a donné tant d’occasions de désespérer d’elle-même… L’élection d’Obama va-t-elle changer la donne, modifier en profondeur les Etats-Unis d’Amérique ?

Un espoir, malgré tout

Bien sûr, on peut douter de sa capacité à redresser la barre, à tenir ses engagements, à être à la hauteur des défis qui l’attendent. Son intelligence, son charisme, son aisance auprès des médias ne seront sans doute pas suffisants… J’ai pourtant envie de croire qu’il est la meilleure chose qui pouvait arriver à ce pays – et donc au monde.

Un espoir insensé, démesuré ? Peut-être, mais un espoir quand même. Un enthousiasme. Une raison de lutter, de croire, de vivre. Pour des millions d’Américains et des milliards d’individus, après huit années de George Bush, c’est énorme.

La première fois que le charisme et la force tranquille de cet homme m’avaient touché, c’était à l’occasion d’une interview datant de février 2008, au micro de Laurence Haïm, correspondante de Canal aux Etats-Unis. Il s’agissait alors de la première interview de Barack Obama accordée à une chaîne française.

Onze mois plus tard, c’est dans son costume de président qu’Obama enfonce le clou, avec quelques mesures fortes prises d’entrée de jeu :

  • retrait des troupes américaines en Irak
  • signature du décret de fermeture de Guantanamo et des prisons secrètes de la CIA
  • dénonciation de la torture
  • nomination d’un émissaire au Proche Orient
  • volonté de renouer le dialogue avec les dirigeants des pays musulmans
  • révocation d’une clause anti-avortement
  • gel des salaires de ses collaborateurs
  • interdiction aux lobbyistes de faire le moindre cadeau aux membres du gouvernement
  • autorisation donnée aux Etats pour fixer les quotas d’émissions de gaz à effet de serre…

Bref, c’est tout de même un bien joli début (c’est mieux que de voter un paquet fiscal pour les plus riches et de décider d’augmenter son salaire, par exemple). Pour conclure sur une phrase attrapée je ne sais plus où :

Il apporte quelque chose sans lequel on ne peut pas vivre : l’espoir.

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