Irak : cinq ans de mensonges…

Entrés en guerre sur un faux prétexte, les Etats-Unis sont restés sourds à tous les appels à la raison. Embourbés en Irak depuis cinq ans avec un bilan humain désastreux, ils persistent à croire qu’il y aura de la lumière de l’autre côté du tunnel…
Militants pacifistes aux Etats-Unis

Militants pacifistes aux Etats-Unis

On cherche. On voudrait voir une lumière au bout de ce tunnel irakien, voir une sortie de ce bourbier dans lequel s’enfoncent les Etats-Unis et le monde, mais non, pas de solution en vue…

C’était l’introduction d’une tribune intitulée Cet homme est dangereux, écrite par Bernard Guetta et parue dans l’Express en date du 21 août… 2003. Cinq ans plus tard, toujours pas de solution ni le moindre espoir de paix en vue. Cinq ans de mensonges, de chaos, de destruction et de violence, pour un terrible bilan…

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  • Selon les estimations, le coût de la guerre en Irak à ce jour (mars 2008) varie entre 500 milliards de dollars et… 3000 milliards de dollars. J’ai bien dit 3000 milliards !! On estime que 237 milliards suffiraient aux besoins vitaux de l’humanité et à la préservation de l’environnement… Vivent les budgets militaires !
  • Retour au pays...

    Retour au pays…

    Plus de 4000 soldats américains sont tombés à ce jour en Irak, rentrés au pays les pieds devant avec un beau drapeau sur le cercueil. Série en cours…

  • On peut également afficher le funeste compteur Iraq Body Count pour connaître le nombre « officiel » de victimes civiles (preuves à l’appui) : plus de 80.000 à ce jour. (Pour l’OMS, c’est plutôt entre 100.000 et 200.000 morts irakiens. Selon l’ONU, plus de 100 civils trouvent la mort chaque jour depuis juillet 2006. Dans tous les cas, série en cours…)
Iraq Body Count web counter

Je me souviens pourtant avoir entendu des personnages éclairés prédire cet enfer, et refuser la voie de la guerre…

Les armées américaines et britanniques vont s’enliser dans l’enfer. Simplement parce que l’Irak est une société complexe et que les prévisions des militaires de Washington sont erronées. Ce que Bush n’a pas compris, c’est que la société irakienne est clanique. Le chef peut être un dictateur, il est le père, un père détesté mais on ne fera jamais appel à des étrangers pour régler des problèmes de famille. Voilà pourquoi les soldats américains n’ont pas été accueillis en libérateurs. Face à l’envahisseur, les Irakiens, par fierté et tradition, ne rejetteront pas celui qui les a tant maltraités.

Lorsqu’on poussait des cris d’horreur en vue d’éviter cette tragédie, l’Amérique de Bush fermait ses oreilles. Un chef qui n’écoute pas – pas même la voix du pape – est un chef dangereux. Aujourd’hui, nous nous trouvons devant un scénario catastrophique: non seulement il y aura de plus en plus de victimes civiles, mais cette guerre injuste et illégale, renforce le sentiment d’humiliation chez les populations arabes et musulmanes. Les islamistes vont en profiter et entrer à leur façon sur la scène. Déjà on parle de plusieurs milliers de candidats au suicide. La guerre sera détournée par la religion. C’est un très mauvais signe. Les passions vont se déchaîner et les fanatismes occuperont le terrain. (Tahar Ben Jelloun, août 2003)

Pour reprendre une formule tristement célèbre : ils ne peuvent pas dire qu’ils ne savaient pas, et qu’on ne les avait pas prévenus !

Bush et les singes de la sagesse en Irak - "Je ne vois pas les morts, je n’entends pas les morts, je ne parle pas des morts... On dirait que c’est un succès !"

Bush et les singes de la sagesse en Irak – « Je ne vois pas les morts, je n’entends pas les morts, je ne parle pas des morts… On dirait que c’est un succès ! »

Pourtant, malgré un bilan désastreux et une contestation de plus en plus forte, le président américain persiste et signe : la guerre en Irak pour chasser Saddam Hussein du pouvoir était une bonne décision. « C’est un combat que l’Amérique peut et doit gagner », a déclaré récemment George Bush. C’est également la ligne de son possible successeur John Mac Cain (il n’y a bien qu’en France qu’on croit que le choix du futur président se fera entre Clinton et Obama…), qui n’envisage pas une seconde de se retirer, malgré plusieurs rapports (américains) préconisant de réduire les troupes américaines en Irak pour arriver à un transfert de responsabilité et un retrait définitif.

Conseillers militaires

Conseillers militaires

J’ai découverte le texte suivant en mars 2003, quelques jours après l’invasion de l’Irak par les américains… Il était alors attribué à un certain Bernard Law, cardinal archevêque de Boston et adressé à George Bush. Il s’agit en fait d’une version plus « directe » d’un sermon de l’évêque Robert Bowman prononcé le 23 Août 1998, intitulé A call to Prophecy et s’adressait alors au président… Bill Clinton. L’actualité d’une telle lettre est étonnante, quand on sait qu’elle a été rédigée il y a dix ans, qu’elle s’adressait à un autre président des Etats-Unis, trois ans avant le 11 septembre, cinq ans avant le début de la guerre en Irak !

 

Dites la vérité, Monsieur le Président,
au sujet du terrorisme !

par le Dr. Robert M. Bowman, Évêque de l’United Catholic Church

Monsieur le Président,

Dire la vérité, Monsieur le Président, au sujet du terrorisme. Si les illusions au sujet du terrorisme ne sont pas détruites, alors la menace continuera jusqu’a notre destruction complète. La vérité est qu’aucune de nos nombreuses armes nucléaires ne peut nous protéger de ces menaces. Aucun système « Guerre des Étoiles » (peu importe la technique de pointe, ni combien de milliards de dollars seront gaspillés dans ces projets) ne pourra nous protéger d’une arme nucléaire transportée dans un bateau, un avion ou une voiture louée.

Aucune arme, ni de votre arsenal, ni un centime des US$270.000.000.000 (oui : 270 milliards de dollars) gaspillés chaque année dans le soi-disant « système de défense » ne peut éviter une bombe terroriste. C’est un fait militaire. En tant que lieutenant-colonel à la retraite et dans de fréquentes conférences au sujet de la sécurité nationale, j’ai toujours cité le Psaume 33 : « Un roi n’est pas sauvé par son armée puissante, comme un guerrier n’est pas sauvé par sa vigueur ».

La réaction évidente est : « Alors que pouvons-nous faire ? N’existe-t-il rien, que nous puissions faire pour garantir la sécurité de notre peuple ? Si ! Mais pour entendre cela, il faut savoir la vérité sur la menace.

Monsieur le Président, vous n’avez pas dit la vérité sur le « pourquoi » nous sommes la cible du terrorisme, quand vous avez expliqué pourquoi nous bombarderions l’Afghanistan et le Soudan. Vous avez dit que nous étions la cible du terrorisme, parce que nous défendions la démocratie, la liberté et les droits humains dans le monde. C’est absurde, Monsieur le Président.

Nous sommes la cible des terroristes, parce que, dans la plus grande partie du monde, notre gouvernement a défendu la dictature, l’esclavage et l’exploitation humaine. Nous sommes cible des terroristes, parce que nous sommes haïs, et nous sommes haïs, parce que nous avons fait des choses odieuses.

En combien de pays des agents de notre gouvernement ont-ils chassé des leaders démocratiquement élus, en les remplaçant par des dictateurs militaires, des marionnettes désireuses de vendre leur propre peuple à des groupes américains multinationaux ? Nous avons fait cela en Iran, quand les Marines et la CIA ont déposé Mossadegh, parce qu’il avait l’intention de nationaliser l’industrie pétrolière. Nous l’avons remplacé par le Shah Reza Pahlevi et nous avons armé, entraîné sa garde nationale haïe, la SAVAK, qui a réduit à l’esclavage, brutalisé le peuple iranien, pour protéger les intérêts financiers de nos compagnies pétrolières. Depuis cela, est-il difficile d’imaginer qu’il existe, en Iran, des personnes qui nous haïssent ?

Nous l’avons fait au Chili, nous l’avons fait au Viet Nam. Plus récemment nous avons tenté de le faire en Irak. C’est clair ! Combien de fois l’avons-nous fait au Nicaragua et dans d’autres république en Amérique Latine ?

Une fois après l’autre, nous avons destitué des leaders populaires, qui voulaient répartir les richesses de leur terre pour que le peuple les gère. Nous les avons remplacés par des tyrans assassins, qui vendaient leur propre peuple pour que -moyennant le paiement de sommes énormes pour engraisser leur compte bancaire privé – la richesse de leur propre terre puisse être accaparée par des sociétés telles que Domino Sugar, United Fruit Company, Folgers et d’autres semblables.

De pays en pays notre gouvernement a obstrué la démocratie, a étouffé la liberté et a piétiné les droits humains. C’ est pour cela que nous sommes haïs dans le monde et c’est pour cela que nous sommes la cible des terroristes.

Le peuple du Canada jouit de la liberté et des droits humains, ainsi que le peuple de Norvège et de Suède. Avez-vous entendu dire que des Ambassades canadiennes, norvégiennes ou suédoises aient été bombardées ? Nous ne sommes pas haïs parce que nous pratiquons la démocratie, la liberté et les droits humains. Nous sommes haïs parce que notre gouvernement refuse ces choses aux peuples du Tiers-monde, dont les ressources sont convoitées par nos groupes multinationaux.

Cette haine que nous avons semée,
se retourne contre nous en nous effrayant par le terrorisme, et, dans l’avenir, par le terrorisme nucléaire. Une fois que la vérité a été dite sur les raisons de cette menace et une fois qu’elle a été entendue, la solution devient évidente. Nous devons changer nos pratiques.

Nous libérer de nos armes nucléaires (même unilatéralement s’il le faut), améliorera notre sécurité. Changer drastiquement notre politique extérieure, la consolidera.

Au lieu d’envoyer nos fils et nos filles de par le monde, pour tuer des Arabes, en vue de prendre possession du pétrole, qui existe sous leur sable, nous devrions les envoyer pour reconstruire leurs infrastructures, fournir de l’eau potable et nourrir les enfants affamés.

Au lieu de continuer à tuer des milliers d’enfants irakiens tous les jours par nos sanctions économiques, nous devrions aider les Irakiens à reconstruire leurs centrales électriques, leurs stations de traitement des eaux, leurs hôpitaux, tout ce que nous avons détruit et ce que nous empêchons de reconstruire avec nos sanctions économiques…

Au lieu d’entraîner des terroristes et des escadrons de la mort, nous devrions fermer l’École des Amériques 2. Au lieu de soutenir la révolte, la déstabilisation, l’assassinat et la terreur dans le monde, nous devrions abolir la CIA et donner l’argent dépensé pour elle aux organismes humanitaires.

En résumé, nous devrions être bons au lieu d’être mauvais. Qui alors essaierait de nous arrêter ? Qui nous haïrait ? Qui voudrait alors nous bombarder ?

C’est cela, Monsieur le Président. C’est cela que le peuple américain a besoin d’entendre.

Dr. Robert M. Bowman… août 1998

Cinq ans plus tard, le peuple américain n’a toujours rien entendu d’autre de la part de ses dirigeants que : « Grâce à notre intervention, le monde se porte mieux… »

"Je vois de la lumière. Est-ce le bout du tunnel ?"

« Je vois de la lumière. Est-ce le bout du tunnel ? »

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