La Haine, le retour…

Exclusion, chômage, injustices sociales : les banlieues présentent la facture. Dix ans après le film de Kassovitz, c’est toujours l’histoire d’une société qui est en train de tomber…

Avertissements

Daniel Balavoine face à Mitterrand en 1980

Daniel Balavoine face à Mitterrand en 1980

1980 : en direct à la télévision à une heure de grande écoute, Daniel Balavoine interpelle François Mitterrand, futur candidat à l’élection présidentielle sur la situation de la jeunesse française, en particulier celle des banlieues.

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Ce que je peux vous donner en tout cas généralement c’est un avertissement, j’ai peut-être du culot de faire ça, je suis obligé de le faire comme ça parce que je dois faire vite.
Ce que je peux vous dire c’est que la jeunesse se désespère, elle est profondément désespérée parce qu’elle n’a plus d’appuis, elle ne croit plus en la politique française et moi je pense qu’elle a en règle générale, en résumant un peu, bien raison.
Ce que je peux vous dire c’est que le désespoir est mobilisateur, et que lorsqu’il devient mobilisateur il est dangereux et que ça entraîne le terrorisme , la bande à Baader et des choses comme ça. Et ça il faut que les grandes personnes qui dirigent le monde soient prévenues que les jeunes vont finir par virer du mauvais côté parce qu’ils n’auront plus d’autres solutions.
Voilà et je vous remercie de m’avoir laissé parler… (Daniel Balavoine)

@ voir en ligne : Balavoine face à Mitterrand (extrait vidéo ina.fr)
Jusqu'ici tout va bien...

Jusqu’ici tout va bien…

1995. Mathieu Kassovitz écrit et réalise un film choc intitulé « La Haine ». La haine, c’est un sentiment qui s’empare de jeunes habitant une banlieue parisienne, aveuglés par la haine du système français au lendemain d’affrontements dans la cité des Muguets…

C’est l’histoire d’une société qui tombe et qui, au fur et à mesure de sa chute se répète pour se rassurer : « Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien. » Mais ce qui compte c’est pas la chute. C’est l’atterrissage.

« J’ai fait ce film avec la conviction que la violence policière de l’époque devait être dénoncée et montrée du doigt, mais aussi disséquée pour comprendre qu’elles en sont les rouages. » dit Kassovitz en parlant de son projet. Pour info, le ministre de l’intérieur de l’époque était un certain Charles Pasqua, sorte de père spirituel du petit Nicolas…

«Plus de flics, plus de flics, plus de flics…»

2005. Rien de tout cela n’a été entendu, ou si peu. On a supprimé la police de proximité (qui n’était pas comme certains se plaisent à la dépeindre une simple joyeuse bande d’animateurs de quartiers…), diminué les crédits aux associations, supprimé les emplois-jeunes, et renforcé un peu plus le sentiment d’exclusion qui constitue le lot quotidien des populations de ces quartiers.

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Ils étaient des milliers à la rue
Âmes meurtries, têtes baissées, mains tendues
Jusqu’au jour où il est apparu (le messie)
Et avec lui la solution tant attendue :
Plus de flics, plus de flics, plus de flics
Oh oui ! Quel pays magnifique
Plus de flics, plus de flics, plus de flics
Y’a du génie chez nos hommes politiques (…)
C’est ça votre conclusion ?
Le fruit d’vos réflexions ?
Des centaines de problèmes, une solution : (quoi ?!)
Ré-pres-sion !! (Sinsemilia)

Impressionnant d’efficacité et de clairvoyance, le premier flic de France a réussi l’exploit de mettre le feu à cette poudrière avec un karcher…

Sarkozy, pompier-pyromane... © www.leplacide.com

Sarkozy, pompier-pyromane… © www.leplacide.com

Retisser du lien social

La violence est présente au quotidien dans les banlieues. Faut-il s’étonner de la voir déborder au grand jour, lorsqu’elle trouve sa cause dans l’exclusion sociale subie depuis des années ? Que sait-on de la misère, du désœuvrement, du désespoir quotidien quand on ne vit pas dans l’une de ces cités-ghettos ? Non, le feu, la haine, les incivilités et les crimes gratuits ne sont pas des réponses acceptables – et restent intolérables. Oui, il est aberrant et inadmissible de voir dans ces quartiers des jeunes brûler la voiture de leurs voisins en situation précaire ou mettre le feu à l’école de leurs petits frères… Mais cette violence « visible » n’est pas sans fondements, elle n’est que la conséquence de toute la violence « invisible » qui frappe la jeunesse des quartiers !

La violence physique peut aussi être l’expression et la conversion de formes de violences moins visibles qui ne s’exercent pas moins violemment sur les corps et les esprits. Il y a, en effet, et de plus en plus, des formes de violences plus cachées qui s’exercent sur les jeunes de ces cités. Il y a la violence scolaire invisible qui exclut et qui est au principe de la plupart des actes très visibles dits « de vandalisme » contre les établissements scolaires. Il a la violence du marché du travail qui voue au chômage les jeunes sans diplôme qui habitent dans ces cités. Il y a la violence du marché sexuel qui est très fermé à ces jeunes. Et il y a toutes ces petites violences quotidiennes qui s’exercent sur cette population ethniquement marquée, ces contrôles de police à répétition, ces regards inquiets qu’on leur jette, bref ce traitement à part qui ne fait que marginaliser davantage des jeunes déjà en marge. (Source : Acrimed)

Je ne crois pas au retour au calme de manière durable tant que le gouvernement restera arc-bouté sur sa position sécuritaire, ne voyant l’apaisement que dans la multiplication des dispositifs policiers – alors que vu de la banlieue, les « keufs » sont une des raisons de la colère. Un peu d’auto-critique sur les choix politiques de ces dernières années aurait désamorcé plus aisément la situation que le discours de fermeté qui nous est servi. L’exclusion rend souvent susceptible, et l’état d’urgence réclame cet aveu d’humilité…

La réattribution des subventions aux associations est une mesure qui va dans le bon sens (même si ça fait une belle jambe aux responsables qui ont dû mettre la clé sous la porte au moment de leur suppression, impuissants devant l’anéantissement d’années de travail en profondeur, …). Car ce n’est pas du sommet, mais bien de la base que doit commencer le chantier, en « retricotant » le lien social grâce aux élus locaux, aux travailleurs sociaux, aux responsables d’associations. En espérant que l’on dépassera l’effet d’annonce et que l’état s’engage durablement avec ces acteurs-là.

Parce qu’il faut lire dans ce mouvement un malaise social bien plus profond que la seule volonté destructrice de bandes de voyous à neutraliser…

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